A l'entrée à l'école de sage-femme, je ne connaissais rien de l'obstétrique, rien des sages-femmes, rien de l'hôpital, rien
de la naissance.
Comme beaucoup de femmes, l'accouchement était pour moi un passage douloureux à ne subir qu'avec une péridurale.
Alors les 2 premières années, on apprend (ou on essaie) ce qu'on nous enseigne. On répète ce qu'on a entendu en cours ou en stage, sans trop connaître les tenants et les aboutissants.
Et puis on entend le discours d'autres. Il y a comme un décalage. On ne comprend pas trop pourquoi elles veulent faire ou penser différemment.
On cherche à comprendre et si on a la chance, on fini par comprendre.
Je me suis donc intéressée à la naissance naturelle, physiologique, non-médicalisée. J'avais envie de bébé moi aussi et je voulais stt vivre ça le plus
naturellement possible. j'ai beaucoup lu de récits de naissances à domicile -toujours passionants- et qqes récits à l'hôpital -souvent les mêmes-.
Mais notre enfant se faisait attendre. Et je voulais donner aux femmes ce que je ne pouvais avoir et ce que je pensais être le mieux. Les pousser jusqu'aux bouts de leurs limites pour qu'elles
soient fières d'elles, pour que jamais elles n'aient de regret. Je voulais leur donner le meilleur d'elles-mêmes et donc je prenais beaucoup sur moi, je prenais des risques ?
Si on respectait la nature, ça ne pouvait qu'aller. S'il y avait un problème, c'est qu'on s'était trompé qqe part, qu'on n'avait pas respecté les conditions primaires.
C'est aussi pour ça que la naissance de ce petit ange m'a tant choquée : une naissance non médicalisée, sans aucune intrusion, un couple en harmonie, une femme dans sa bulle....mais pas d'enfant à
voir grandir.
J'ai continué non sans mal.
Et puis j'ai eu ma fille, avec la naissance dont je rêvais. L'accouchement le plus merveilleux qui soit.
Je suis revenue travailler.
Et j'ai beaucoup réfléchi sur ma pratique.
Aujourd'hui, je suis plus pondérée. Je ne veux pas me battre pour chaque patiente. J'ai envie de dire "à chacune son combat". C'est dommage de vivre avec des regrets mais je ne veux plus prendre
des risques pour leur futur qui ne sera pas le mien. Je pense qu'il faut donner l'information en amont.
Si une patiente veut un accouchement naturel, je lui donnerais le meilleur de moi-même et je l'aiderai au mieux. Si une patiente veut d'emblée une péridurale je lui demanderai avant chaque pose si
elle ne veut pas continuer encore le chemin sans. Mais je n'insisterai plus forcément, je ne ferais pas forcément tarder les choses au maximum.
Si un rythme présente une bradycardie, je ne m'opposerai pas forcément à la conduite à tenir du médecin.
Je vois encore beaucoup de femmes avoir une césarienne programmée pour "rien" à mon sens, mais si elles ne se sont pas battues avant, que puis-je y faire à part demander pourquoi au gynéco?
Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que cette phrase qui m'a servi de fil conducteur résonne encore en moi "la nature fait bien les choses...faisons lui confiance"
Oui mais il existe aussi des "erreurs de la nature" et surtout une certaine "sélection naturelle" devenue pas si naturelle que ça dans notre société de nos jours.
Alors je continue de chercher et de proposer le naturel aux femmes qui savent que la nature réserve parfois des surprises....
Ben j'ai été choqué par des récits d'AAD notamment quand une sf raconte comment le placenta ne venant pas elle propose à la femme de faire une DA/RU à la barbare ou d'aller à l'hôpital...au final elle fait la délivrance artificielle sans aucune analgésie. Comme si une femme toute heureuse d'avoir son bébé dans les bras allait dire "tiens si on allait à l'hosto" alors que la sf lui annonce un acte rapide, certes désagréable mais at home. Moi ça me révolte qu'on puisse penser réaliser un tel acte (douloureux, qui sort totalement de la physiologie et donc du cadre d'un accouchement à domicile) seul dans son coin et qu'en plus on se cache derrière le "jai demandé à la dame" (qui n'était vraiment pas dans les conditions les plus objectives pour décider).
Oui en général la nature fait bien les choses mais il suffit d'une fois, une fois à être seule avec une maman qui dérape...c'est un risque qu'actuellement je refuserais de faire prendre à une femme même si elle même l'accepte. Ca n'empêche pas d'avoir des récits d'AAD qui donne envie, notamment le tiens. Il nous manque vraiment des liens entre les libérales et les hôpitaux.
Je pense aussi que ce n'est pas en salle de naissance qu'on va révolutionner le monde, les mamans arrivent déjà avec leurs idées, nous on propose mais j'essaye de ne pas forcer ni dans un sens, ni dans l'autre. Et puis, primum non nocere, peut-être le plus difficile au final ;)
Commentaire n°2
posté par
Knackie
le 05/05/2009 à 20h24
Dans ce cas peut-être que la sf aurait du attendre la délivrance (après tout, toutes les femmes n'accouchent pas pile à 41sa donc pourquoi rendraient-elles toutes leur placenta dans les 30
minutes?) ou proposer l'hôpital. c'est vrai que faire une DA/RU c'est pas tellement physio ! ;)
Enfin ct juste pour dire que la nature fait bien les choses dans tous les sens du terme....
Quand on laissait complétement faire la Nature, la mortalité maternelle et infantile était effroyable! (10% des mères et des enfants mourraient à la naissance en 1900). La Nature c'est aussi l'infection à gonnococques, la fièvre puerpérale, le décès pour détresse respiratoire à 28SA,...Attention aux excès en tous genres, surmédicalisation comme abscence totale de médicalisation!
Commentaire n°3
posté par
elly10
le 06/05/2009 à 17h39
Euh...la fièvre puerpérale sévissait énormément dans les hôpitaux (internes tripatouillant des cadavres puis des femmes enceintes), à l'époque la maison était bien plus sure et il a fallu la sécu, la prise en charge grossesse, et peut etre un peu plus d'hygiène pour que les femmes s'y lancent. Et les accouchements à 28SA sont dus à quoi? En gros on a l'infection grave et dans ce cas on ne va pas tocolyser mais "laisser faire la nature" pour ensuite prendre en charge car certes de nos jours on a les moyens; à la maman qui déménage puis part en trecking (là encore dame nature réagit). Sinon elly on ne peut qu'être d'accord pour le juste milieu mais dans un acte physiologique le mdical doit rester en retrait, et lorsqu'intervient le médical il doit etre pondéré en pesant le pour et le contre.
Commentaire n°4
posté par
Knackie
le 06/05/2009 à 22h06
complètement d'accord knackie... beaucoup de décés à l'époque étaient dus au manque d'hygiène... maintenant, un accouchement qui se passe bien, pourquoi aller y mettre de la médicalisation, à coup de synto/rupture ou je ne sais pas quoi d'autre? oui la nature fait bien les choses, notre métier consiste justement à repérer quand elle commence à déconner, et à agir dans ce cas là...
Commentaire n°5
posté par
ambre15
le 07/05/2009 à 10h55
Non Elly, en 1900 on ne laissait pas "complètement faire la Nature" ! Avant d'avancer de telles croyances mieux vaudrait potasser un peu l'histoire de la naissance en Occident... Les accouchements étaient très perturbés par de nombreuses croyances ou d'actes pseudo-médicaux : fumigations, saignées, positions imposées, douleur souhaitée et provoquée (religion), main (ou saindoux ou autres substances) introduites dans le vagin, etc. !
Commentaire n°6
posté par
Sophie
le 10/05/2009 à 09h25
Je ne résiste pas à vous dévoiler le traitement conservateur de la dystocie des épaules dans l'ancien temps: on attachait la parturiente à la table d'accouchement (et pour en avoir vu c'est loin d'être tout confort, du simple bois brut, ensuite a a pensé à la matelasser), on verticalisait la table puis on la laissait retomber sur ses pieds et on recommençait jusqu'à ce que ça marche...ou pas.
Sinon Sophie ce n'est peut être que mon impression mais je t'ai trouvé un peu sèche...c'pas grave de ne pas être au top sur un domaine, de dire des conneries, j'en dit surement aussi, écrire sur le net c'est sur soumettre à la vindicte populaire certes, mais c'est surtout l'occasion d'apprendre dans la bonne humeur (c'est meilleur).
Commentaire n°7
posté par
Knackie
le 10/05/2009 à 10h34
Merci à toi et à toutes tes collègues qui sont dans la même dynamique... Je ne saurai sans doute jamais si ma première césa aurait pu être évitée et si l'intervention de la sage-femme n'a pas été celle de trop... Je vis avec cette amertume de ne pas avoir connu de voie basse, MAIS j'ai 2 enfants en bonne santé et je me suis battue avec moi même et les autres pour VIVRE la seconde naissances malgrés tout ! Merci encore à toi !
Commentaire n°8
posté par
Estelle
le 11/05/2009 à 10h39
Et bien moi, je suis un peu choquée de lire que tu avais tendance à retarder l'analgésie dans le but de pousser un peu les femmes et leur permettre d'être fières d'elles (alors qu'elles ne t'ont rien demandé). Tu sais l'accouchement ne représente pas pour toutes ce qu'il semble représenter pour toi (d'ailleurs c'est même ton métier). J'ai eu un accouchement quasiment sans douleur ce que je considère comme une grande chance. Aucun regret à ce jour. Je ne me suis jamais demandé si je devais être fière ou non de ça, je voulais un enfant, je l'ai eu dans les conditions qui me conviennent (ce qui est exceptionnel je crois) et je suis heureuse. Il ne faut pas non plus transférer ses propres attentes sur les autres. Tu n'aurais pas voulu qu'on te pousse à prendre une péridurale alors que tu ne la voulais pas, et bien ça marche aussi dans l'autre sens. Ta note va dans le sens de la modération, c'est tant mieux pour les femmes qui dépendront de toi pour leur accouchement. Bonne continuation.
Commentaire n°9
posté par
alex
le 17/05/2009 à 11h41
Et oui "il faut faire ceci", "il ne faut pas faire cela", c'est difficile de savoir exactement quoi faire et c'est pour cela que les femmes devraient savoir bien plus que moi où elles veulent
aller.
Mais quand tu entends que la péri cause bcp de soucis dans l'accouchement alors oui , tu as envie de donner cette même chance à tous les bébés....
Que pense tu d'un accouchement naturel après deux cesarienne ? pense tu que c d'emblée que cela comporte trop de risques ?
Commentaire n°10
posté par
Anne
le 21/05/2009 à 08h07
Lorsque j'attendais mon aînée une amie m'avait offert le livre de Frédéric Leboyer "Pour une naissance sans violence". Je l'ai lu comme une "révélation". C'est un livre merveilleux. Dès mon cours suivant de préparation à l'accouchement je l'ai apporté. A la fin du cours, la sage-femme avait un peu de temps. Un peu ? Beaucoup ! Nous en avons longuement discuté, je voulais accoucher ainsi. Elle m'a demandé de lui laisser le livre qu'elle ne connaissait pas. Elle me l'a rendu à la séance suivante en me disant oui, si c'est votre souhait nous en avons parlé en équipe, vous accoucherez selon cette méthode tant que votre accouchement se passera normalement. Arrivée au moment d'accoucher, j'ai du me bagarrer un peu avec l'interne de service parce que je suis restée 24h en travail et qu'il voulait accélérer l'accouchement et moi pas. Finalement il ne l'a pas fait, j'ai accouché selon mon souhait, avec du monde autour de moi, d'autres sage-femmes, des médecins, tout ce petit monde curieux de voir cet accouchement. Et moi j'ai accouché normalement, dans un bonheur total avec mon mari à côté. la grande douleur sans nom prédite par nos mères n'est pas arrivée. Aussi incroyable que ça puisse paraître nous avions l'impression d'être seuls au monde dans notre bulle mon mari, le bébé et moi. C'était en 1976.
Commentaire n°11
posté par
Soleillade
le 20/09/2009 à 10h25
Cette nature qui parfois fait des erreurs, comment lui faire confiance par la suite?
Naco!
bises
Oui en général la nature fait bien les choses mais il suffit d'une fois, une fois à être seule avec une maman qui dérape...c'est un risque qu'actuellement je refuserais de faire prendre à une femme même si elle même l'accepte. Ca n'empêche pas d'avoir des récits d'AAD qui donne envie, notamment le tiens. Il nous manque vraiment des liens entre les libérales et les hôpitaux.
Je pense aussi que ce n'est pas en salle de naissance qu'on va révolutionner le monde, les mamans arrivent déjà avec leurs idées, nous on propose mais j'essaye de ne pas forcer ni dans un sens, ni dans l'autre. Et puis, primum non nocere, peut-être le plus difficile au final ;)
Enfin ct juste pour dire que la nature fait bien les choses dans tous les sens du terme....
La Nature c'est aussi l'infection à gonnococques, la fièvre puerpérale, le décès pour détresse respiratoire à 28SA,...Attention aux excès en tous genres, surmédicalisation comme abscence totale de médicalisation!
Et les accouchements à 28SA sont dus à quoi? En gros on a l'infection grave et dans ce cas on ne va pas tocolyser mais "laisser faire la nature" pour ensuite prendre en charge car certes de nos jours on a les moyens; à la maman qui déménage puis part en trecking (là encore dame nature réagit).
Sinon elly on ne peut qu'être d'accord pour le juste milieu mais dans un acte physiologique le mdical doit rester en retrait, et lorsqu'intervient le médical il doit etre pondéré en pesant le pour et le contre.
Sinon Sophie ce n'est peut être que mon impression mais je t'ai trouvé un peu sèche...c'pas grave de ne pas être au top sur un domaine, de dire des conneries, j'en dit surement aussi, écrire sur le net c'est sur soumettre à la vindicte populaire certes, mais c'est surtout l'occasion d'apprendre dans la bonne humeur (c'est meilleur).
Je ne saurai sans doute jamais si ma première césa aurait pu être évitée et si l'intervention de la sage-femme n'a pas été celle de trop...
Je vis avec cette amertume de ne pas avoir connu de voie basse, MAIS j'ai 2 enfants en bonne santé et je me suis battue avec moi même et les autres pour VIVRE la seconde naissances malgrés tout !
Merci encore à toi !
Tu sais l'accouchement ne représente pas pour toutes ce qu'il semble représenter pour toi (d'ailleurs c'est même ton métier).
J'ai eu un accouchement quasiment sans douleur ce que je considère comme une grande chance. Aucun regret à ce jour. Je ne me suis jamais demandé si je devais être fière ou non de ça, je voulais un enfant, je l'ai eu dans les conditions qui me conviennent (ce qui est exceptionnel je crois) et je suis heureuse.
Il ne faut pas non plus transférer ses propres attentes sur les autres. Tu n'aurais pas voulu qu'on te pousse à prendre une péridurale alors que tu ne la voulais pas, et bien ça marche aussi dans l'autre sens.
Ta note va dans le sens de la modération, c'est tant mieux pour les femmes qui dépendront de toi pour leur accouchement.
Bonne continuation.
Mais quand tu entends que la péri cause bcp de soucis dans l'accouchement alors oui , tu as envie de donner cette même chance à tous les bébés....